Les chroniques du Plan d’Aou 1

Discussion du 2 mars 2018
Il fait un froid de canard, nous sommes autour de la table, les enfants jouent ou bouquinent à côté, un temps de répit pour les mères, on souffle, on papote.
Qu’est-ce qu’on fait quand il fait froid ?
Qu’est-ce qu’on faisait avant quand la neige couvrait la campagne ?
Fatima se souvient :
– « On vivait dans une ferme à Ben Badis, les hivers étaient rudes et on se chauffait au bois. C’est les hommes qui s’en chargeaient, couper, stocker, alimenter.  Ma mère et moi on ramassait le petit bois.
La cheminée était l’unique source de chaleur dans la maison, la pièce principale était agréable mais les autres glaciales ».
C’était moins dur chez nous, nous dit Nadia. On avait le gaz de ville et puis la neige était rare. La pluie, par contre pouvait tomber pendant toute une semaine. Mes premières neiges, je les ai vu à 20 ans, chez ma tante. J’ai ouvert la fenêtre, tout était blanc et j’ai demandé où était la neige. Je ne comprenais pas qu’elle s’étalait devant moi, toute blanche.
Kadidja se chauffait au bois elle aussi. Elle se souvient qu’on ne sortait pas beaucoup à cause du froid intense de Kabylie. Alors on cuisinait. Elle nous parle du beurre frais que sa mère faisait avec le lait de montagne.
Fatima en connait un rayon, elle nous explique à quoi ressemblait l’équivalant de notre baratte. Le système est sensiblement le même mais un sac en peau de chèvre remplace le baquet en bois.
Quand on parle cuisine, les souvenirs affluent. Toutes les trois se souviennent que les femmes confectionnaient des plats nourrissants qui tenaient au corps. Les soupes, les couscous, les patates cuites dans la braise et les fèves qu’on faisait griller et qui remplaçaient les pistaches et les cacahuètes.
Les soirs de grands froid, on fait comme tout le monde, on regarde la télé. Parmi les infos, les dessins animés, quelques images refont surface. Samia se rappelle de Mac Giver, en s’en serait pas douté. Fatima évoque ses frayeurs devant Dracula ( le Coppola ou une de ces vieilles versions délicieusement désuètes ?) Chez Kadidja on ne regardait que les programme algériens.
Ce soir tout le monde réintégrera son chez soi, au plan d’Aou. Chauffage central, cuisine moderne, pas de corvée de bois mais toujours l’odeur de la kessra chaude et des plats kabyles.